Quand les lévriers sortent enfin du décor
Pas facile de trouver des Whippets dans les films. Alors, j’ai élargi ma recherche et là, j’ai trouvé des lévriers au cinéma. Pendant longtemps, ils ont surtout traversé l’écran comme de belles silhouettes, élégantes mais presque muettes. On les aperçoit au bout d’une laisse, dans un parc ou dans un intérieur raffiné, comme un élément de décor, presque au même titre qu’un vase ou qu’un tableau. Leur présence dit souvent quelque chose de l’humain qui les accompagne, beaucoup plus que de leur propre personnalité.
Avec DogMan, Luc Besson prend une autre direction. Le film met en scène un homme cabossé et une meute de chiens, parmi lesquels plusieurs lévriers irlandais et un saluki, qui ne se contente pas d’occuper l’espace autour de lui. Ils deviennent sa famille, son armure et parfois même son arme. Ici, les chiens participent à la mise en scène, au récit, au suspense et à l’émotion. Ils ne sont plus de simples accessoires mais deviennent un personnage collectif à part entière.
Même si aucun Whippet n’apparaît dans DogMan, impossible, quand on aime cette race, de ne pas reconnaître derrière ces silhouettes élancées toute la grande famille des lévriers. Galgos, lévriers irlandais, salukis, et bien sûr Whippets, partagent souvent cette même manière d’être là sans s’imposer, de rester en retrait tout en occupant une place immense dès qu’il s’agit d’émotion. C’est avec ce regard de passionnée de lévriers que je vous propose d’entrer dans ce film.
Lévriers au cinéma : Longtemps relégués au second plan
Dans l’imaginaire collectif, le lévrier reste associé à deux images principales. D’un côté, le chien de course qui file à toute allure. De l’autre, le chien raffiné qu’on aperçoit dans des tableaux anciens, dans des salons cossus ou dans des mises en scène très chic. Le cinéma a souvent prolongé cette vision. Dans bien des cas, le lévrier apparaît pour quelques secondes, juste assez pour évoquer la vitesse, le raffinement ou un certain luxe, sans qu’on leur laisse vraiment une existence propre.
Ce traitement est d’autant plus frustrant que, dans la vraie vie, un lévrier est tout sauf un accessoire. Ce sont des chiens sensibles, subtils, souvent réservés, avec une richesse émotionnelle que seuls ceux qui vivent avec eux mesurent pleinement. Pourtant, l’écran les utilise souvent comme on utiliserait un objet esthétique, pour installer une ambiance ou suggérer un milieu social.
C’est justement là que DogMan devient intéressant. Que se passe-t-il quand les lévriers au cinéma cessent d’être de simples éléments de décor, et qu’ils commencent enfin à exister comme de vrais individus, impliqués dans l’histoire et dans l’émotion du film ?

DogMan : Une meute qui devient bien plus qu’un décor
Un héros cabossé et ses chiens-famille
DogMan raconte l’histoire d’un homme profondément blessé par la vie, qui trouve dans ses chiens la seule forme de famille qu’il lui reste. Enfant maltraité, adulte marginalisé, il survit dans un entre-deux monde où les humains l’ont largement trahi, rejeté. Ses chiens, eux, ne discutent ni son apparence, ni ses blessures, ni ses choix. Ils restent. Sans condition, sans distance. Parmi eux, plusieurs Irish Wolfhounds, un saluki et bien d’autres chiens, forment une meute extrêmement soudée, presque une extension de son propre monde intérieur.
On est très loin du chien mignon ou du chien faire-valoir. Dans DogMan, la meute est partout. Elle accompagne les instants de calme comme les scènes de tension. Elle entoure le héros, l’accompagne, le protège, l’alerte, est même partenaire de certaines actions. Les chiens participent à sa survie et traduisent aussi quelque chose de sa fragilité. Sans eux, le personnage principal perdrait une part essentielle de sa vérité.
Pour qui aime les lévriers, ce choix de mise en scène est particulièrement fort. On voit des chiens souvent perçus comme délicats, presque effacés par certains, prendre ici une place décisive. Ils ne décorent pas le récit. Ils le soutiennent. Et ils en deviennent même parfois l’une des clés.
Mettre en scène les lévriers : Entre grâce et intensité
La façon dont le film montre la meute est tout sauf neutre. La caméra s’attarde sur les déplacements groupés, les entrées silencieuses dans le cadre, les regards fixés sur le héros ou sur les intrus. On voit les chiens apparaître avant même que l’on comprenne pleinement ce qui va se jouer, comme une tension qui monte. Dans certaines scènes, la seule présence de la meute dans l’ombre suffit à créer un suspense très fort.
Les lévriers irlandais, par leur taille, leur port de tête et leur allure très particulière, apportent une dimension presque irréelle à certaines scènes. Ils sont élégants, mais ils impressionnent aussi, sans agitation, surtout lorsqu’ils avancent ensemble, l’air grave.
C’est sans doute l’un des grands mérites de DogMan. Le film ne réduit pas ses chiens à une seule image. Ainsi, ils peuvent rassurer ou inquiéter, protéger ou bouleverser, imposer leur présence ou révéler une forme de douceur désarmante. En cela, DogMan fait réellement bouger les lignes pour les lévriers au cinéma, comme pour tous les autres chiens présents.

Lévriers au cinéma et blessures humaines : Ce que leur présence raconte
Chiens et humains laissés de côté
DogMan s’inscrit dans une lignée de films où les chiens accompagnent des personnages en marge plutôt que de sagement habiter un décor luxueux. Ici, la meute, avec ses lévriers irlandais, son saluki et les autres chiens, est indissociable de la marginalité du héros. Ils partagent le même espace précaire, les mêmes risques, la même exclusion sociale. Les chiens deviennent quasiment les seuls êtres avec lesquels il peut encore exister sans masque.
Ce lien entre lévriers et humains blessés résonne fortement quand on connaît un peu la réalité de certaines races. On pense aux galgos espagnols abandonnés, aux greyhounds de course réformés, à tous ces lévriers qu’on utilise pour leurs performances puis qu’on met de côté. Tous ces chiens qu’on admire pour leurs qualités avant de les reléguer dès qu’ils ne servent plus. Les voir à l’écran au côté d’un personnage lui-même rejeté donne une dimension symbolique très forte. Ceux qu’on ne voulait plus deviennent, ensemble, une forme de force tranquille, une manière de résister, de tenir bon.
Dans ce contexte, les chiens ne sont pas seulement des compagnons. Ils deviennent aussi un langage alternatif. Le héros ne parle pas beaucoup, mais il vit avec ses chiens une intimité qui ne demande ni justification, ni explication. Les chiens forment alors un refuge, un langage sensible, un pont entre son intériorité et le monde, un lieu où il peut déposer sa douleur sans être jugé.

Une autre façon de regarder les lévriers
Quand on vit avec un Whippet, certaines attitudes sautent immédiatement aux yeux. Cette façon de se faire tout petit sur un canapé (pas toujours 😉). De se glisser contre nous à la seconde où l’on s’assoit. Ou de passer d’une détente absolue à un éclair de vitesse en un instant. De fait, dans DogMan, ces détails comptent. Ils ne sont pas anecdotiques. Ces postures, ces regards, ces déplacements disent énormément de choses sur l’état émotionnel de la meute et de leur humain. On n’est plus dans la démonstration de performance, mais dans l’expression d’une sensibilité.
Voir des lévriers, et d’autres chiens, filmés de cette manière change forcément notre regard. On ne les réduit plus à des chiens de course ou à de belles silhouettes réservées à un univers chic. On voit des êtres capables de peur, de loyauté, de tension, de courage, de douceur aussi. Et cela pousse presque à se poser une question plus large : dans la vraie vie, regardons-nous toujours nos lévriers à la hauteur de ce qu’ils sont vraiment ? Respectons-nous leur nature, leurs besoins et leur fragilité ?
Pour les passionnés de Whippets et de lévriers, un film comme celui-ci agit presque comme un rappel. Nos chiens ne sont pas de simples compagnons de passage, interchangeables. Ils occupent une place entière dans nos vies, dans nos habitudes, dans nos émotions, dans notre histoire.
| Pour ceux que le sujet intéresse, vous prendrez sans doute plaisir à lire ou relire l’article sur ➡️ Black dog : Comment un Whippet fait son cinéma |

Après DogMan, difficile de regarder les lévriers au cinéma comme avant
Ainsi, qu’on adhère ou non à tous les choix de Luc Besson, DogMan a au moins un mérite : il donne aux lévriers et à la meute entière un rôle structurant dans le récit. En effet, il ne se contente pas d’aligner des chiens dressés pour quelques scènes spectaculaires et on aurait du mal à imaginer l’histoire sans eux. Ils sont la famille du héros, sa protection, sa part de lumière et parfois sa part d’ombre. Ils occupent l’espace, modifient l’atmosphère, influencent les choix du personnage.
Aussi, pour qui aime les lévriers, qu’il s’agisse de Whippets, de galgos, de lévriers irlandais ou de salukis, cela change beaucoup de choses. Effectivement, on ne les voit plus comme de simples figurants élégants. On les regarde enfin comme des êtres complexes, capables de porter une émotion forte à l’écran. Après DogMan, il devient difficile de revenir tout à fait à ces films où un lévrier traverse le cadre sans qu’on lui accorde la moindre profondeur. On a envie, désormais, que la caméra s’attarde un peu plus longtemps sur eux, et qu’elle accepte enfin de raconter aussi leur histoire.
Avez-vous vu ce film ? Et connaissez-vous d’autres œuvres, même plus anciennes, où les lévriers au cinéma occupent une vraie place ? Dites-moi tout dans « Laisser un commentaire » ci-dessous. Ou via messages@passion-whippet.com ou l’onglet « CONTACT» du blog.
Quelques informations complémentaires :
- « Cinq lévriers irlandais stars de cinéma près de Dieppe » – Actu.fr
- « DogMan – Luc Besson – critique » – A voir A lire

